Dernièrement, on a pu assister à un certain emballement en France pour le nouveau président des États-Unis. À son crédit, on peut en tout cas se réjouir de la dénonciation des traités de libre-échange internationaux. D'un point de vue européen, c'est indéniablement une très bonne nouvelle, cela nous permet de renoncer aux tribunaux d'arbitrage internationaux, à la judiciarisation de la vie économique.
Le nouveau président a gagné ses lauriers auprès de Todd, ou d'Ariane Walter parce qu'il s'oppose à l'intelligentsia libérale belliqueuse qui l'avait précédé. Incontestablement, ladite intelligentsia a semé la mort et la destruction à travers le monde - par ses drones - et à travers les États-Unis - par la criminalisation des minorités visibles, par la "guerre contre la drogue", par le destruction de la protection sociale, etc.
Pour autant, le nouveau président a désigné à la défense un va-t-en guerre notoire. Il souhaite entraver le droit à l'avortement, baisser les impôts des plus riches et liquider les rares acquis de protection santé dans le pays.
Alors, j'entends bien que les ennemis du nouveau président ne sont pas sympathiques, que ce sont de vrais ennemis du peuple. Mais ça n'en fait pas un ami du peuple.
Le syllogisme est simple: l'ennemi de mes ennemis est forcément mon ami. Mais la vie n'est pas si simple. Si vous vous opposez au libre-échangisme d'un Clinton ou d'un Obama, si vous vous opposez à leur interventionnisme militaire, cela ne rend pas celui qui s'oppose à eux nécessairement plus sympathique.
De la même façon, si vous travaillez dans une boîte gérée par un patron sans scrupule, cela ne rend pas le racheteur potentiel sympathique.
Tout porte à croire que le nouveau président portera la déliquescence de la société américaine à son paroxysme. Mais la chute d'un géant, sa conversion en puissance exclusivement militaire n'est une bonne nouvelle pour personne. Je peux entendre que les discours de haine de Trump n'aient pas été déterminant quant à sa victoire mais ils menacent bel et bien la cohérence de la société américaine.
Je rappelle donc aux "amis de l'ennemi des ennemis" que la nouvelle administration entend
- investir massivement dans le militaire
- investir massivement dans les infrastructures
- laisser les taux d'intérêt remonter (ce qui compromet les deux premières mesures)
- abandonner les traités de libre échange internationaux
- abandonner la maigre assurance médicale qui existe pour les plus pauvres
- baisser le taux d'imposition pour les plus riches.
Cela n'en fait peut-être pas un ennemi absolu mais ces mesures vont augmenter la criminalisation de la pauvreté (éminemment racialisée, en France comme aux États-Unis), elles vont amener les USA à un défaut dans un délai prévisible.
Mais il y a pire. Les États-Unis dénoncent des traités dont ils sont les premiers bénéficiaires. C'est une bonne chose. Mais que va-t-il se passer à la place? Une guerre des monnaies (déjà en cours) et une surenchère protectionniste. C'est dire que la concurrence économique qui porte actuellement sur les salaries des producteurs portera désormais sur une compétition entre États eux-mêmes. Cette dynamique protectionniste amène de potentiels conflits - si rien n'est fait pour construire une coopération économique, une harmonisation par le haut des conditions d'emploi et d'imposition entre partenaires commerciaux.
Or rien dans les outrances de Trump, rien dans ses mesures économiques protectionnistes ne laissent présager un tel virage coopératif. C'est pourquoi j'ai du mal à considérer que la victoire de "l'ennemi de mes ennemis" soit une bonne chose.
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