mardi 28 mars 2017

Escapade

Le jour où le condamné brise ses chaînes,
Le jour où il se retourne contre son oppresseur,

Il tue le gardien pour se libérer
Et c'est encore un pauvre hère entravé par la nécessité
Qui se retrouve dans le sang

Le sang versé pour la liberté d'un autre

dimanche 12 mars 2017

Métro

J'attends un métro que je ne prendrai jamais,
Pourquoi faut-il que les grincements métalliques me paraissent si glaciaux,
Pourquoi faut-il que le cœur me manque dans la foule pressée,
J'hésite, je hume encore un instant, happé par le souffle,

Je retiens encore un moment ma respiration, un moment de passé
D'entrelacs, de promesses avortées, d'avenirs oubliés,
De présents fatigués, ces visages, ces sourires, je ne les vivrai
Que comme reflets d'une ambition mort-née.

Je les regarde encor' ces étrangers à jamais
Je les regarde encor' ces perdus, ces aimants
Je les regarde encor' ces enfants du temps,

Ces bulles légères, ces errances, ces prisons sans gardien
Ces horloges sans église. Je les regarde un moment
Avant d'hésiter à plonger dans le vide, une dernière fois.

samedi 11 mars 2017

Conte

C'est l'histoire d'un feu, d'une chaleur approximative, d'un hiver long à finir, d'une histoire, d'un conteur.

C'est l'histoire dis-je de cette histoire à construire. Sans doute y a-t-il des cheveux fous au départ, quelque flétrissure dans une robe à l'occasion trop légère, qui sait. En tout cas, finalement, le conteur dût-il se tromper, il y a vu la quête, celle que dans nos pays comme ailleurs à ce qu'on dit, mène les plus grandes destinées. Elle cherchait quelque chose comme l'amour, comme un sens ultime aux plis de ses jupes, quelque chose comme un souffle à son souffle.

Armée de sa patience elle s'en fut de par le monde pour trouver le spectre d'une existence à deux. C'est que les fantômes hantent les idéaux. On les voit s'accrocher aux plus lumineux des rêves. Qu'importe, la bâton pèlerin chemine, il bat la campagne, franchit les montagnes, escalades les pentes escarpées du désir, il sublime les tendresses, les prairies les plus vertes. La quête demeure le foyer brûle. Cahin-caha, le chemin comme désillusion.
Puis un jour, les cheveux fous rencontrent quelque chose comme un idéal. Mais ils ne s'en croient plus. À force de tergiversation, ils ont perdu la foi en eux, ils craignent pour finir la fin de la quête, sa réalisation. Alors ils tentent, de manière grossière puis, à mesure que la draille se fait chemin, que le chemin se fait route, que la route se fait vie, ils creusent jusqu'à emporter les cadavres des ambitions incarnées. À force, à force, la route se ravine, le chemin s'emporte ce qui permet au bâton de reprendre son périple.

Est-ce la peur de trouver une fin à l'errance, est-ce une obscure culpabilité ? Toujours est-il que la quête reprend son droit, le mouvement se fait permanent, l'instabilité devient le mode d'être.

J'ai vu le déraillement empli de pourquoi – de mon point de vue, s'entend. Le repos, ce sera pour ailleurs. Puis alors, après, surtout après, pouvoir cultiver l'icône comme portrait infiniment regretté. Les regrettés, ils se tiennent tranquilles, au pire, un appel – ou quelque communication au goût sans cesse renouvelé des nouvelles technologies de l'information, peu importe. Je les ai vus les cheveux fous, reprendre leur quête. C'est que ce qu'ils cherchent, c'est de chercher. L'avantage, c'est qu'ils ne s'engagent pas, ils ne se perdent pas, ils ne peuvent pas se tromper.

Et si d'aventure quelque silhouette plus princière que d'autre venait à croiser leur chemin, ils les fatigueraient par des morsures, par des flirts roturiers.
Pour finir, à effleurer les étoiles, à les négliger, la jeune fille – car il s'agit d'une jeune fille, tu l'auras compris – en arrive à se fatiguer elle-même, terrassée par ses idoles tutélaires. Les princes charmants, les étoiles, c'est mieux à l'état de spectres mais l'ombre qui n'a pu garder les pépites pleure son insatiable volatilité. On la voudrait plaindre, elle supporte pas les larmes empathiques. On la voudrait rassérénée, elle ne supporte ni le port ni l'amarre.

Alors, après quelque pansage de plaie, elle reprend son bâton, un peu plus timide, un peu plus égratignée qu'auparavant. Ce n'est pas que l'herbe soit plus verte ailleurs, c'est qu'il y a tellement de prairie où paître que ce n'est pas la peine de s'asseoir plus que.

Rassure-toi petite dit le conteur à la jeune fille interdite, je crois en avoir compris quelques bribes, de sa solitude aussi. Elle reprend la route parce qu'elle a peur de ce petit reflet dans les yeux de l'autre, ce petit reflet qui, tout torve, tout approximatif qu'il soit construit peu à peu les contours du conte. Elle reprend la route pour se perdre, pour ne pas perdre sa quête, se maudissant des princes ensablés, se maudissant des divinités passées à d'autres constellation, se maudissant d'avoir réussi à être éloignée, durablement.

Et la jeune fille de demander au conteur ce qu'il fallait faire pour conjurer la malédiction. Le conteur dans un sourire un peu énigmatique, lui avoua qu'il n'était guère plus savant qu'une petite fille pour ce genre de question. En tout cas, si le bâton devait demeurer le chiffre de la destinée des cheveux fous, qu'ils en prennent leur parti et si l'errance devait devenir erratique que les cheveux fous s'ancrent en quelque havre portant la mort des devenirs sacrifiés aux mânes.

Mais il est vrai que la petite fille était fort éveillée et que la voix grave du conteur la laissait éveillée dans la nuit. Une voix dans la nuit, cela ne ressemble pas à la liberté, cela ressemble à la fin de la solitude.

C'est déjà pas mal, conclut le conteur. C'est déjà pas mal repris la fille, armée de son savoir, de ses concepts auto-forgés, de ses théories psychiques alambiquées et, faut-il le préciser, de son bâton de pèlerin.

vendredi 10 mars 2017

Puis (2)

La république de l'être en flots de partout,
par les rides, par les habitudes, les corps fanés, les rêves ou les ambitions infantiles
il s'en parle des vies - elles convergent sans égard
pour les cadres, Babels de l'irrévérence.

Je suis parmi vous, parmi les traces des fous,
trop humble pour ne pas participer au sacrilège
de la foule bruyante,

trop orgueilleux pour cacher l'écho du temps contre le temps,
de la rage contre la rage,
du frère contre le frère,
de la barbarie et des seigneurs de l'esquif

je le montre donc sans vergogne,
si proche des grands habitants, si proche de leurs hombres
sans risque, sans crainte de laisser comme
un souvenir après

Puis, nous jouerons avec la langue de la langue,
avec le volume
la création se fait entre perdus, entre errants, entre irréductibles,
loin de chez eux, à jamais.

mercredi 8 mars 2017

Le foyer approximatif (2)

J'habite l'ailleurs, j'habite l'hier
parce qu'il faut bien habiter quelque part,

j'habite l'ère de transit,
l'ère de rien, sans souvenir

j'habite la comète de l'avenir,
les rêves chthoniens,

j'habite les renoncements, les vœux,
où je peux, avec ou sans,

j'habite entre les communautés terribles,
les appels à la pureté, à la sacralité,

j'habite loin des bons, des menacés,
dans une balkanique potée,

j'habite sans conviction faute de mieux,
dépassé par mes forces, déplacé par mes faiblesses

j'habite par habitude, avec conviction
ou résignation, c'est selon.

j'habite sans y croire comme l'orbe
tombe sans fin, sans but,

j'habite mais je ne sais plus où
ni pourquoi,

mercredi 1 mars 2017

Brest

Si j'étais né à Brest, je me serais fait marin
parce que la mer se cache entre des landes de terre
parce que la mer se devine sans se donner;

Si j'étais né à Ostende, je me serais fait terrien
parce que la terre se cache entre brumes et polder
parce que la terre se conquiert contre la mer;

Si j'étais né sur Terre, je me serais fait sélénien
parce que la lune éclaire ce qui dort et repose,
parce que la nuit devient pour pousser;

Si j'étais né le jour, je me serais fait rêvien
parce que le rêve nourrit l'amer
parce que le sommeil force l'impossible;

Mais je suis né à l'âge de faire pour rêver de cathédrales
mais je suis né en plein jour pour rêver de rêves
mais je suis né en front de mer pour labourer la terre
mais je suis né en rade pour compter les bateaux,
les bateaux des autres qui partent en mer et me laissent

orphelin de la houle