C'est l'histoire d'un feu, d'une chaleur approximative, d'un hiver long à finir, d'une histoire, d'un conteur.
C'est
l'histoire dis-je de cette histoire à construire. Sans doute y a-t-il
des cheveux fous au départ, quelque flétrissure dans une robe à
l'occasion trop légère, qui sait. En tout cas, finalement, le conteur
dût-il se tromper, il y a vu la quête,
celle que dans nos pays comme ailleurs à ce qu'on dit, mène les plus
grandes destinées. Elle cherchait quelque chose comme l'amour, comme un
sens ultime aux plis de ses jupes, quelque chose comme un souffle à son
souffle.
Armée de
sa patience elle s'en fut de par le monde pour trouver le spectre d'une
existence à deux. C'est que les fantômes hantent les idéaux. On les
voit s'accrocher aux plus lumineux des rêves. Qu'importe, la bâton
pèlerin chemine, il bat la campagne, franchit les montagnes, escalades
les pentes escarpées du désir, il sublime les tendresses, les prairies
les plus vertes. La quête demeure le foyer brûle. Cahin-caha, le chemin
comme désillusion.
Puis un jour, les cheveux fous rencontrent
quelque chose comme un idéal. Mais ils ne s'en croient plus. À force de
tergiversation, ils ont perdu la foi en eux, ils craignent pour finir la
fin de la quête, sa réalisation. Alors ils tentent, de manière
grossière puis, à mesure que la draille se fait chemin, que le chemin se
fait route, que la route se fait vie, ils creusent jusqu'à emporter les
cadavres des ambitions incarnées. À force, à force, la route se ravine,
le chemin s'emporte ce qui permet au bâton de reprendre son périple.
Est-ce
la peur de trouver une fin à l'errance, est-ce une obscure
culpabilité ? Toujours est-il que la quête reprend son droit, le
mouvement se fait permanent, l'instabilité devient le mode d'être.
J'ai
vu le déraillement empli de pourquoi – de mon point de vue, s'entend.
Le repos, ce sera pour ailleurs. Puis alors, après, surtout après,
pouvoir cultiver l'icône comme portrait infiniment regretté. Les
regrettés, ils se tiennent tranquilles, au pire, un appel – ou quelque
communication au goût sans cesse renouvelé des nouvelles technologies de
l'information, peu importe. Je les ai vus les cheveux fous, reprendre
leur quête. C'est que ce qu'ils cherchent, c'est de chercher.
L'avantage, c'est qu'ils ne s'engagent pas, ils ne se perdent pas, ils
ne peuvent pas se tromper.
Et si d'aventure quelque
silhouette plus princière que d'autre venait à croiser leur chemin, ils
les fatigueraient par des morsures, par des flirts roturiers.
Pour
finir, à effleurer les étoiles, à les négliger, la jeune fille – car il
s'agit d'une jeune fille, tu l'auras compris – en arrive à se fatiguer
elle-même, terrassée par ses idoles tutélaires. Les princes charmants,
les étoiles, c'est mieux à l'état de spectres mais l'ombre qui n'a pu
garder les pépites pleure son insatiable volatilité. On la voudrait
plaindre, elle supporte pas les larmes empathiques. On la voudrait
rassérénée, elle ne supporte ni le port ni l'amarre.
Alors,
après quelque pansage de plaie, elle reprend son bâton, un peu plus
timide, un peu plus égratignée qu'auparavant. Ce n'est pas que l'herbe
soit plus verte ailleurs, c'est qu'il y a tellement de prairie où paître
que ce n'est pas la peine de s'asseoir plus que.
Rassure-toi
petite dit le conteur à la jeune fille interdite, je crois en avoir
compris quelques bribes, de sa solitude aussi. Elle reprend la route
parce qu'elle a peur de ce petit reflet dans les yeux de l'autre, ce
petit reflet qui, tout torve, tout approximatif qu'il soit construit peu
à peu les contours du conte. Elle reprend la route pour se perdre, pour
ne pas perdre sa quête, se maudissant des princes ensablés, se
maudissant des divinités passées à d'autres constellation, se maudissant
d'avoir réussi à être éloignée, durablement.
Et la
jeune fille de demander au conteur ce qu'il fallait faire pour conjurer
la malédiction. Le conteur dans un sourire un peu énigmatique, lui avoua
qu'il n'était guère plus savant qu'une petite fille pour ce genre de
question. En tout cas, si le bâton devait demeurer le chiffre de la
destinée des cheveux fous, qu'ils en prennent leur parti et si l'errance
devait devenir erratique que les cheveux fous s'ancrent en quelque
havre portant la mort des devenirs sacrifiés aux mânes.
Mais il
est vrai que la petite fille était fort éveillée et que la voix grave du
conteur la laissait éveillée dans la nuit. Une voix dans la nuit, cela
ne ressemble pas à la liberté, cela ressemble à la fin de la solitude.
C'est
déjà pas mal, conclut le conteur. C'est déjà pas mal repris la fille,
armée de son savoir, de ses concepts auto-forgés, de ses théories
psychiques alambiquées et, faut-il le préciser, de son bâton de pèlerin.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire