vendredi 25 mai 2018

Enjeu du "parcoursup"

Je crois qu'on se tromperait à ne voir dans la réforme "parcoursup" en cours en France qu'une mesure destinée à diminuer le nombre d'étudiants et à comprimer les budgets de l'éducation nationale. Il s'agit de prétextes. L'essentiel, à mon sens, est d'inculquer chez les élèves aspirants étudiants le réflexe de demander poliment, de supplier, de se vendre, de se présenter comme une marchandise rentable aux yeux d'un employeur. Il s'agit d'inculquer la précarité au sens étymologique, de ce qui est demandé par la prière, à un dieu, à un seigneur, à une instance supérieure quelconque.

Et, ça, cette révolution de l'obséquiosité assénée aux jeunes de tous les milieux, de toutes les classes sociales par la peur des impasses professionnelles confère à celles et ceux qui auront "réussi" (quel que soit le sens qu'on donne à ce mot) le sens de leur "mérite" personnel à la réussite et à celles et ceux qui ont "raté" (quel que soit le sens de ce mot) le sentiment intériorisé de leur propre infériorité sociale.

Dans un cas comme dans l'autre, l'ordre social des choses aura été intériorisé, naturalisé par celles et ceux qui le reproduisent comme par celles et ceux qui le subissent. Et c'est bien là que réside l'enjeu de cette énième réforme: faire passer une domination politique, des choix humains de société pour des faits de nature, pour des réalités indépassables.

C'est bien le sens de la précarité, de ce qui s'obtient en le demandant gentiment, c'est bien l'irénisme, la négation de la conflictualité collective et de la décision sociale, qui se jouent là, infiniment plus qu'une quelconque rationalité comptable hype.

Ceci semble en tout cas cohérent avec les répressions contre celles et ceux qui ne demandent pas mais s'emparent, qui ne supplient pas, ne réclament pas mais font vivre effectivement des droits à des formes de vie choisies - que ce soit à notre dame des landes, dans les facs, dans les lycées, dans les routes de l'exil ou à la sncf. Tous ces lieux où s'incarnent toutes ces formes de vie peuvent paraître très différents entre eux - et nul doute qu'ils le soient - mais ils partagent un commun refus de se soumettre à des choix extérieurs, une commune liberté loin de toute prière envers des puissances tutélaires toutes-puissantes, de toute précarité.

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