samedi 25 février 2017

Quelqu'un a dû se tromper d'adresse

On a dû se tromper dans le bordereau,
Un petit décalage au départ, une inattention
Puis un monde de solitude, sans prise de terre,
Des pas sans écho, un cœur sans chamade,

Il y a bien les arpents, les revenez-y, les goûts de trop peu
Les flambées du soir aussi, les câlins pour oublier
Le désespoir de n'avoir ni l'élégance, ni l'allant, ni la morgue
Les ombres se multiplient à côté de la côte froide



On l'aura oubliée, on aura oublié la note après le silence
La fatigue du midi, le rouge du crépuscule,
On aura oublié ces petites choses dans la précipitation

Et nous voilà au bord du précipice, secs de l'arme
Cette nudité prophétise l'énergie, la main tendue
Mais en attendant, poste restante, le temps languit

jeudi 16 février 2017

Le Prince

En sortant du "Prince" de Machiavel, je me rends compte que le nouveau président des États-Unis ne l'a jamais lu. Que l'on en juge:

- le prince ne doit jamais prendre de positions impopulaires lui-même mais les déléguer à des hommes de paille (sinon, le prince est haï). Mais le président gouverne par décrets personnels.

- le prince ne doit jamais se justifier. Mais le président ne cesse de s'expliquer (parfois de manière assez pataphysique) sur twitter.

En conséquence, si l'on en croit Machiavel, le président sape sa popularité et son autorité, ce qui laisse présager d'une présidence laborieuse.

D'où la question: quel est cet homme qui n'est pas capable d'être prince et qui a tout fait pour l'être? C'est un chef d'entreprise, un investisseur, un actionnaire. Un propriétaire ne doit pas être aimé ni se justifier puisqu'il détient des titres indiscutables sur des choses.

Mais ce n'est pas le cas du prince.

mardi 14 février 2017

Il ne faut préjuger de rien

A priori, rien de plus superficiel, de plus anodin que le secteur de la beauté de la femme (et de l'homme, d'ailleurs). Manucures, modistes, tailleurs, cordonniers semblent plus prompts à alléger la bourses des élégant(e)s qu'à leur refaire une façade.

Froufrous frivoles, guipures, paillettes et rubans.

Sauf que, là, quelque part aux confins d'un pays aride en guerre, une coiffeuse arrange ces dames. Ces dames sont des rescapées de la guerre. Certaines ont vécu le pire.

La coiffeuse coiffe leur dignité, leur tend un miroir souriant et, derrière son apparente frivolité participe du miracle de la reconstruction de soi.

Au fond, il n'est pas impossible que, dans les ruines des pays au sortir de la guerre, des coiffeuses ne soient pas plus efficaces ou plus importantes que des maçons.

lundi 13 février 2017

Souffler

Un moment, reprendre le souffle puis repartir
Ou pas, selon la force, selon le vent aussi peut-être
Un instant couard haletant sans se dépêcher
Puis précipiter, hâter sans surseoir mais en attendant

S'asseoir pour écouter le vent, d'un nuage à jamais,
Caresser le temps, passer le soleil comme si
L'avenir s'était fatigué de presser. Je viens
C'est dit, dût le courage me manquer mais

Laissez-moi un instant encore à langourer
À atermoyer, un instant avant l'action, avant la course
Avant de t'oublier, avant d'enterrer ce temps

Retenir sa légèreté pour reprendre le souffle
D'une histoire, d'une mémoire. Laisser-moi
Le temps d'aimer encore, avant l'oubli, avant le départ.

jeudi 9 février 2017

Les mots du langage

On peut imaginer que le langage est un jeu, une institution, un code. Ce genre de chose ne tient pas de la vérité mais du plaisir - certes une forme de vérité - du moment et/ou de l'être ensemble. Un pongiste ne fait pas de la vérité, il tente de faire une bonne prestation au sein des règles admises.

Mais, jeu pour jeu, le langage permet la créativité, le rêve (comme le ping-pong permet l'exploit et l'innovation stylistique, d'ailleurs). On peut aussi mentir vrai comme les auteurs ou pulvériser le concept même de vérité comme le bateleur ou encore l'aduler et le fétichiser. Mais, en tout état de cause, la pratique du langage demeure étrangère à ce concept

samedi 4 février 2017

Vote de classe

Au fond, si on est juste, qu'est-ce qui oppose Hamon et Mélenchon?

Hamon veut rester en Europe, il veut conserver l'euro. À tort ou à raison l'union européenne et la monnaie unique sont perçues comme des institutions à l'origine du martyr des pauvres et des travailleurs depuis des années.

C'est dire que les électeurs de Hamon considèrent le martyr des classes populaires comme un dégât collatéral acceptable, qu'ils pensent qu'on peut faire bien mieux dans le cadre des traités européens. Ce sont des classes sociales qui ont bénéficié de l'Europe, des investissements dans les lignes à grandes vitesses, qui vivent près de centres urbains dynamiques, etc.

Pour les électeurs des régions délaissées, des friches industrielles, pour les salariés entre précarité et mauvais traitements patronaux, pour les salariés, les retraités qui se voient sombrer peu à peu dans la pauvreté, l'Europe est un produit invendable.

La ligne de facture entre Hamon et Mélenchon est là, je crois. Indépendamment de leur bonne foi et au-delà de leur programme. Cette ligne est irréconciliable car, pour proches que soient les programmes, les sensibilités sociales derrière les électeurs sont très différentes - comme l'étaient celles des électeurs de Sanders et de Clinton.

Par contre, quel que soit le résultat des élections, il y a une urgence qui apparaît. Il faut écouter et tenir compte de la souffrance d'une partie croissante de la population, non par peur du pire mais par nécessité anthropologique et sociale.

C'est la condition pour faire société sauf à sombrer dans les narrations collectives millénaristes.