Entre deux mots, entre deux souffles, j'ai rajouté une espace,
Un petit espace, comme une respiration,
J'y ai mis des dimensions, une infinité de dimensions,
Une pour cet enfant blessé, entre rage et impuissance, tellement seul qu'il n'imagine pas le monde derrière la porte,
Une pour ces yeux verts, si sensibles à la lumière, aux reflets, à ces yeux déjà partis, déjà ailleurs,
Une pour ces yeux bleus, ces bras qui chérissent, cette course lente, chaotique, entre deux portes, entre deux caisses,
Une pour ces yeux noirs, ces mains qui aident, qui accompagnent, ce rire-défi à la platitude du monde,
Une pour ces yeux bruns, déjà partis loin de leurs oliviers, pas encore arrivés aux hêtres,
Une pour les âmes en peine,
Une pour les amours perdues, celles auxquelles on a cru et les autres, celles qui devaient passer,
Une pour les plumes qui se fraient le chemin à travers l'édredon,
Une pour cet homme mûr, un peu chagrin, un peu triste de ce qu'il n'a pas fait, un peu orphelin de ce qu'il a fait,
Une pour cette soif, cette physique, cette dimensionnalité de la quête,
Une pour la folie, une pour le temps, une pour la solitude,
Puis j'ai mis des interactions entre les mondes de mon espace,
Les interactions fortes d'abord, celles dont la disparition est mortelle,
Deux êtres, un regard, un moment, un simple moment et le sort en est scellé,
Les interactions faibles ensuite, celles des âmes perdues, celles de ceux qui ne comptent pas sur l'éternité,
J'ai vu alors ce monde vaciller et
devenir.
Ce n'était plus un espace, c'était mon monde.
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