Il n'est pour ainsi dire aucune caractéristique animale que l'humain ne partage:
nous mangeons, nous naissons, nous mourons, nous nous reproduisons par voie sexuelle, nous dormons, nous avons faim et soif, nous sommes dotés de griffe, de pelage, nous partageons le mode d'allaitement et de reproduction d'une grande famille d'animaux, nous avons un pouce opposable comme l'ensemble des primates, nous avons des yeux, des sens comme l'ensemble des animaux, nous abritons 30 mille milliards de microbiotes, etc.
Mais il y a un trait que nous sommes sans doute les seuls à partager - et je ne parle pas du langage que les oiseaux ou les dauphins utilisent, je ne parle pas non plus de la capacité à fabriquer, à utiliser, à concevoir des outils comme des castors ou des oiseaux, par exemple - c'est le fait que nous ne pouvons accoucher seuls.
Alors que la plupart des animaux peuvent mettre bas seuls, aucune femme ne peut accoucher si elle n'est aidée, si quelqu'un lui tend la main, si quelqu'un s'inquiète de son manger, de son gîte à ce moment-là.
C'est dire que ce qui nous constitue (éventuellement, ce qui constitue aussi d'autres espèces qui partageraient la même spécificité), c'est notre impérieuse nécessité de faire société, de faire projet commun, de faire cause et chose commune. Cette nécessité fait de nous animaux sociaux avec ce que cela implique - religion comme force centripète sociale, langage, culture, art, volonté de marquer ses pairs.
Ce qui nous a permis de survivre depuis le paléolithique, ce qui nous permet de survivre, c'est notre capacité à nous mobiliser pour aider, pour faire ensemble, pour que nos petits viennent au jour dans la relative sécurité d'un abri.
Disons que cette particularité ne fait pas de nous une espèce étrangère au règne animal. Elle nous singularise - comme une autre espèce peut être singularisée par son vol, par son mode de reproduction (elle aussi), par son alimentation ... - et, ce faisant, nous rend reconnaissable. Un humain ne se reconnaît parmi les animaux ni pour sa religiosité - il y a des humains non croyants et on ne peut exclure des non humains dotés d'une forme de religiosité - ni pour son langage, ni pour ses inventions techniques - il y a là aussi souvent matière à s'émerveiller chez d'autres espèces animales - ni même sa sensibilité, ses sentiments, ses convictions, son idéal. Il se reconnaît parce que la société est un caractère nécessaire de son être, parce que, à travers les générations, les enfants ont tous été mis au monde par un travail social, par une société constituée.
lundi 18 décembre 2017
vendredi 6 octobre 2017
Mous du gnou
Imaginons une société qui valorise ses membres par leur capacité à
chasser le gnou. Pour être reconnu comme membre à part entière, comme
adulte responsable, il faudrait y être capable de fournir son lot de
gnou.
Si une telle société devait continuer à valoriser ses
membres en fonction de leurs potentiels cynégétiques de gnou après la
disparition de cette ressource, elle provoquerait une dépression
profonde de l'estime de soi chez l'ensemble de ses membres puisque
chacun des membres de la société se percevrait comme mineur, comme irresponsable, comme parasite faute de pouvoir être autonome en gnou.
![]() |
| Source ici |
Une telle société pourrait à bon droit être qualifiée de malade - ou en tout cas de pathogène.
Toute ressemblance, etc.
Toute ressemblance, etc.
samedi 9 septembre 2017
la question du suicide
une fois par jour, deux fois, cinq fois, dix fois quand la souffrance dépasse l'habitude se pose la question d'en finir une bonne fois.
foin de finasserie, un bon coup et la ligne de la vie continue son cours sans moi.
On pourrait invoquer des puissances obscures ou de subtiles raisons morales pour rester ici-bas.
mais ce n'est pas cela qui me retient. Ce qui me retient, quand le souffle du désespoir m'étouffe, c'est l'idée de ceux qui restent.
Je veux pouvoir partir pour qu'ils puissent choisir de rester.
mais je veux rester pour attester le sens d'être là.
Ne cherchez pas d'autre raison à ma présence.
foin de finasserie, un bon coup et la ligne de la vie continue son cours sans moi.
On pourrait invoquer des puissances obscures ou de subtiles raisons morales pour rester ici-bas.
mais ce n'est pas cela qui me retient. Ce qui me retient, quand le souffle du désespoir m'étouffe, c'est l'idée de ceux qui restent.
Je veux pouvoir partir pour qu'ils puissent choisir de rester.
mais je veux rester pour attester le sens d'être là.
Ne cherchez pas d'autre raison à ma présence.
lundi 24 juillet 2017
Puissance et pouvoir
Moi je veux bien, tout ce qu'on dit et ce qu'on ne prend même pas la peine de dire
mais une petite voix me dit que nous sommes adaptés à ce que nous sommes.
On ne peut empêcher la vie de grandir, de croître, d'échanger avec le monde et de se reproduire dans un espoir inconscient d'espèce à augmenter l'information dans la génération qui vient. Un vivant, ça tient de la place, ça dérange, ça veut, ça lutte. Avec ou sans violence - la question de la violence est secondaire du point de vue qui m'occupe.
mais une petite voix me dit que nous sommes adaptés à ce que nous sommes.
On ne peut empêcher la vie de grandir, de croître, d'échanger avec le monde et de se reproduire dans un espoir inconscient d'espèce à augmenter l'information dans la génération qui vient. Un vivant, ça tient de la place, ça dérange, ça veut, ça lutte. Avec ou sans violence - la question de la violence est secondaire du point de vue qui m'occupe.
Pour théoriser la chose, je dirais que l'histoire du monde peut se résumer à la tension entre le pouvoir et la puissance.
Le pouvoir est la maîtrise de l'autre, la puissance est la capacité à devenir.
Au départ une même pulsion de vie, une même aspiration à devenir, une même transformation,
mais dans le pouvoir la pulsion de vie se multiplie à l'infini et ronge le social - c'est-à-dire l'organisme-même qui est le siège de la vie
dans la puissance, la vie devient, invente l'improbable, titube, se trompe avec confiance, elle désire, prend, donne. La vie est là où on ne l'attend pas.
Le pouvoir est un bilan comptable, une image fidèle, une représentation, une police, une gestion, un corps ployé, un corps terré. Le pouvoir est le cancer de la puissance; il en est la dégénérescence consubstantielle, il en est l'impossible - ou plutôt, il est le totem de cet impossible érigé en dieu, il est le règne, la figure crainte, le comme-il-faut. La puissance est jeu d'image, le pouvoir est images en jeux. La puissance n'est pas moins égoïste, pas même moins égocentrique que le pouvoir. Elle est libre, sans arrière pensée, gourmande. Elle est une rivière qui ne souffre aucune rive.
La petite voix me dit bien que pouvoir et puissance n'organisent pas des groupes ennemis mais des moments, des rencontres.
Le pouvoir, c'est amener l'autre où il ne veut pas aller. La puissance, c'est planter des arbres pour conjurer le chagrin.
La crise contemporaine n'est pas une crise de pouvoir - le pouvoir a toujours gangrené la puissance en métastases - c'est une crise d'absence de puissance. L'industrie et le capital ont rendu l'acte impuissant; la gestion de l'achat et de la production, la gestion du corps politique et des affects ont rendu le temps impuissant.
Le pouvoir est la maîtrise de l'autre, la puissance est la capacité à devenir.
Au départ une même pulsion de vie, une même aspiration à devenir, une même transformation,
mais dans le pouvoir la pulsion de vie se multiplie à l'infini et ronge le social - c'est-à-dire l'organisme-même qui est le siège de la vie
dans la puissance, la vie devient, invente l'improbable, titube, se trompe avec confiance, elle désire, prend, donne. La vie est là où on ne l'attend pas.
Le pouvoir est un bilan comptable, une image fidèle, une représentation, une police, une gestion, un corps ployé, un corps terré. Le pouvoir est le cancer de la puissance; il en est la dégénérescence consubstantielle, il en est l'impossible - ou plutôt, il est le totem de cet impossible érigé en dieu, il est le règne, la figure crainte, le comme-il-faut. La puissance est jeu d'image, le pouvoir est images en jeux. La puissance n'est pas moins égoïste, pas même moins égocentrique que le pouvoir. Elle est libre, sans arrière pensée, gourmande. Elle est une rivière qui ne souffre aucune rive.
La petite voix me dit bien que pouvoir et puissance n'organisent pas des groupes ennemis mais des moments, des rencontres.
Le pouvoir, c'est amener l'autre où il ne veut pas aller. La puissance, c'est planter des arbres pour conjurer le chagrin.
La crise contemporaine n'est pas une crise de pouvoir - le pouvoir a toujours gangrené la puissance en métastases - c'est une crise d'absence de puissance. L'industrie et le capital ont rendu l'acte impuissant; la gestion de l'achat et de la production, la gestion du corps politique et des affects ont rendu le temps impuissant.
Souffle
Le temps d'un souffle, celui des chercheurs d'or,
celui de la première fois, celui des suivantes,
le temps de se retourner avant d'impressionner le jeune homme que l'on fut,
temps d'une maladie, d'une souffrance, temps d'une passion, temps d'une terre brûlée,
temps puisé aux margelles de l'ennui ou de l'espoir,
temps long, temps court, temps haletant,
donnez-moi encore ce temps - non que je me plaigne, non que je n'en ai eu
mais il m'en faut encore, il me faut encore ce souffle,
celui des athlètes, de l'inspiration, de l'audace,
le souffle aussi du soupir, de la sève, du printemps,
le souffle au cœur, la fatigue,
juste encore un peu de temps avant de m'en lasser
c'est que les miroirs ne sont pas tendres pour qui n'a pas suivi le grand chemin,
le chemin de l'objectif,
faute d'objectif le kaléidoscope ne trouve rien à refléter,
enfin,
presque rien,
juste le temps,
le temps d'un souffle.
celui de la première fois, celui des suivantes,
le temps de se retourner avant d'impressionner le jeune homme que l'on fut,
temps d'une maladie, d'une souffrance, temps d'une passion, temps d'une terre brûlée,
temps puisé aux margelles de l'ennui ou de l'espoir,
temps long, temps court, temps haletant,
donnez-moi encore ce temps - non que je me plaigne, non que je n'en ai eu
mais il m'en faut encore, il me faut encore ce souffle,
celui des athlètes, de l'inspiration, de l'audace,
le souffle aussi du soupir, de la sève, du printemps,
le souffle au cœur, la fatigue,
juste encore un peu de temps avant de m'en lasser
c'est que les miroirs ne sont pas tendres pour qui n'a pas suivi le grand chemin,
le chemin de l'objectif,
faute d'objectif le kaléidoscope ne trouve rien à refléter,
enfin,
presque rien,
juste le temps,
le temps d'un souffle.
L'Histoire
À un moment, à un lieu, le temps fut compté.
Les hommes et les femmes qui jusque là partageaient leurs destinées, leurs coins de feu, leurs chemises ou leurs rutabagas comptèrent
sans fin
Au lieu de pratiquer le partage des biens et des ressources, on décida qu'on adorerait le totem du partage,
sous la forme d'un Dieu généreux ou cruel,
sous la forme d'un État militaire ou libéral,
on oublia cette sève commune, cette charpente qui furent nôtres,
mais on fit de belles icônes, émouvantes, troublantes,
tapissées d'or et de sang,
sans trêve, alors que quelques uns accaparaient ce qui avait été à nous,
le Dieu souriant, le Dieu amour se faisait l'écho anémié à la fraternité d’antan.
Puis, à force de pillage, les ressources se firent rares.
Les anciens fraternels devaient travailler dur, se tuer à la tâche - ce qui rendait leur labeur insignifiant, méprisable.
Le Dieu amour se mua alors peu à peu en Dieu féroce, en Dieu impitoyable,
L'État bienveillant se transforma en puissance absolue, invincible et inaccessible.
Le sourire de l'idole qui rappelait la fraternité d'antan se fit rictus, puis grimace,
jusqu'au sang.
Le monde s'emplit alors de gens qui avaient raison sur les décombres du sourire du totem rappelant la fraternité.
Il n'y avait plus de fraternité. Sa figure approximative elle-même avait été enterrée. Il ne restait que la raison.
La raison du plus fort qui, comme il avait raison, devenait de plus en plus fort et avait de plus en plus raison.
Tellement raison que les fraternels furent réduits en esclavage, les enfants durent apprendre la servilité, les femmes la soumission,
tous partagèrent, comme à la veille de l'histoire, une commune pauvreté
sans pourtant rien partager entre eux.
Ceci nous promet d'autres idoles, d'autres totems sur les décombres de la fraternité.
Mais c'est une autre histoire.
Gageons qu'elle connaîtra, elle aussi, son élégance, ses élans et ses misères.
Les hommes et les femmes qui jusque là partageaient leurs destinées, leurs coins de feu, leurs chemises ou leurs rutabagas comptèrent
sans fin
Au lieu de pratiquer le partage des biens et des ressources, on décida qu'on adorerait le totem du partage,
sous la forme d'un Dieu généreux ou cruel,
sous la forme d'un État militaire ou libéral,
on oublia cette sève commune, cette charpente qui furent nôtres,
mais on fit de belles icônes, émouvantes, troublantes,
tapissées d'or et de sang,
sans trêve, alors que quelques uns accaparaient ce qui avait été à nous,
le Dieu souriant, le Dieu amour se faisait l'écho anémié à la fraternité d’antan.
Puis, à force de pillage, les ressources se firent rares.
Les anciens fraternels devaient travailler dur, se tuer à la tâche - ce qui rendait leur labeur insignifiant, méprisable.
Le Dieu amour se mua alors peu à peu en Dieu féroce, en Dieu impitoyable,
L'État bienveillant se transforma en puissance absolue, invincible et inaccessible.
Le sourire de l'idole qui rappelait la fraternité d'antan se fit rictus, puis grimace,
jusqu'au sang.
Le monde s'emplit alors de gens qui avaient raison sur les décombres du sourire du totem rappelant la fraternité.
Il n'y avait plus de fraternité. Sa figure approximative elle-même avait été enterrée. Il ne restait que la raison.
La raison du plus fort qui, comme il avait raison, devenait de plus en plus fort et avait de plus en plus raison.
Tellement raison que les fraternels furent réduits en esclavage, les enfants durent apprendre la servilité, les femmes la soumission,
tous partagèrent, comme à la veille de l'histoire, une commune pauvreté
sans pourtant rien partager entre eux.
Ceci nous promet d'autres idoles, d'autres totems sur les décombres de la fraternité.
Mais c'est une autre histoire.
Gageons qu'elle connaîtra, elle aussi, son élégance, ses élans et ses misères.
Espace
Entre deux mots, entre deux souffles, j'ai rajouté une espace,
Un petit espace, comme une respiration,
J'y ai mis des dimensions, une infinité de dimensions,
Une pour cet enfant blessé, entre rage et impuissance, tellement seul qu'il n'imagine pas le monde derrière la porte,
Une pour ces yeux verts, si sensibles à la lumière, aux reflets, à ces yeux déjà partis, déjà ailleurs,
Une pour ces yeux bleus, ces bras qui chérissent, cette course lente, chaotique, entre deux portes, entre deux caisses,
Une pour ces yeux noirs, ces mains qui aident, qui accompagnent, ce rire-défi à la platitude du monde,
Une pour ces yeux bruns, déjà partis loin de leurs oliviers, pas encore arrivés aux hêtres,
Une pour les âmes en peine,
Une pour les amours perdues, celles auxquelles on a cru et les autres, celles qui devaient passer,
Une pour les plumes qui se fraient le chemin à travers l'édredon,
Une pour cet homme mûr, un peu chagrin, un peu triste de ce qu'il n'a pas fait, un peu orphelin de ce qu'il a fait,
Une pour cette soif, cette physique, cette dimensionnalité de la quête,
Une pour la folie, une pour le temps, une pour la solitude,
Puis j'ai mis des interactions entre les mondes de mon espace,
Les interactions fortes d'abord, celles dont la disparition est mortelle,
Deux êtres, un regard, un moment, un simple moment et le sort en est scellé,
Les interactions faibles ensuite, celles des âmes perdues, celles de ceux qui ne comptent pas sur l'éternité,
J'ai vu alors ce monde vaciller et
devenir.
Ce n'était plus un espace, c'était mon monde.
Un petit espace, comme une respiration,
J'y ai mis des dimensions, une infinité de dimensions,
Une pour cet enfant blessé, entre rage et impuissance, tellement seul qu'il n'imagine pas le monde derrière la porte,
Une pour ces yeux verts, si sensibles à la lumière, aux reflets, à ces yeux déjà partis, déjà ailleurs,
Une pour ces yeux bleus, ces bras qui chérissent, cette course lente, chaotique, entre deux portes, entre deux caisses,
Une pour ces yeux noirs, ces mains qui aident, qui accompagnent, ce rire-défi à la platitude du monde,
Une pour ces yeux bruns, déjà partis loin de leurs oliviers, pas encore arrivés aux hêtres,
Une pour les âmes en peine,
Une pour les amours perdues, celles auxquelles on a cru et les autres, celles qui devaient passer,
Une pour les plumes qui se fraient le chemin à travers l'édredon,
Une pour cet homme mûr, un peu chagrin, un peu triste de ce qu'il n'a pas fait, un peu orphelin de ce qu'il a fait,
Une pour cette soif, cette physique, cette dimensionnalité de la quête,
Une pour la folie, une pour le temps, une pour la solitude,
Puis j'ai mis des interactions entre les mondes de mon espace,
Les interactions fortes d'abord, celles dont la disparition est mortelle,
Deux êtres, un regard, un moment, un simple moment et le sort en est scellé,
Les interactions faibles ensuite, celles des âmes perdues, celles de ceux qui ne comptent pas sur l'éternité,
J'ai vu alors ce monde vaciller et
devenir.
Ce n'était plus un espace, c'était mon monde.
Flagrances
L'instant passe mais le moment reflète un monde, il y fait écho, il en fait écot. C'est bien ces momentanés que j'ai voulu prendre ... dérisoire ambition de réduire le moment à l'instant. De cette distorsion, il ne reste qu'un parfum subtil. Celui du temps.
samedi 13 mai 2017
J'irai
J'irai jusque dans les lettres oubliées
Pour retrouver ce qui m'a laissé ici
Sans force, sans raison, sans rêve
J'irai jusque dans la larme pour revenir
Dans la douceur de cette lumière
Creusée de ces fourmis laborieuses
J'irai sans peur, sans crainte au-delà
De mes angoisses pour retrouver
Ce goût du futur devenu si rare
Je franchirai mes propres fantômes
Pour retrouver cette foi dans l'aurore,
Cette conviction que demain me porterai
Je passerai mes peurs passées, mes afflictions compassées
Mes portes fermées,
Je forcerai mes serrures
Sans haine, sans force, sans conviction
Nageur sans ambition,
Je remonterai le cours du fleuve
Je me baignerai une fois, une fois encore
L'espace d'un souvenir dans le même fleuve
Dussé-je y laisser la fleur de l'âge
C'est qu'on perd son temps à l'épargner
Pour retrouver ce qui m'a laissé ici
Sans force, sans raison, sans rêve
J'irai jusque dans la larme pour revenir
Dans la douceur de cette lumière
Creusée de ces fourmis laborieuses
J'irai sans peur, sans crainte au-delà
De mes angoisses pour retrouver
Ce goût du futur devenu si rare
Je franchirai mes propres fantômes
Pour retrouver cette foi dans l'aurore,
Cette conviction que demain me porterai
Je passerai mes peurs passées, mes afflictions compassées
Mes portes fermées,
Je forcerai mes serrures
Sans haine, sans force, sans conviction
Nageur sans ambition,
Je remonterai le cours du fleuve
Je me baignerai une fois, une fois encore
L'espace d'un souvenir dans le même fleuve
Dussé-je y laisser la fleur de l'âge
C'est qu'on perd son temps à l'épargner
mercredi 19 avril 2017
Les dits de la violence
La
violence ne se limite pas à la brutalité physique. Fondamentalement,
elle atteste la faiblesse narcissique de qui l'inflige, le besoin
morbide de contrôle d'autrui et l'incapacité à gérer l'adversité du
monde - ce qu'on pourrait diagnostiquer comme l'inachèvement du complexe
d’œdipe.
Jamais cette violence n'est légitime et jamais elle ne permet la relation ou l'élévation spirituelle
dimanche 16 avril 2017
Printemps
On peut voir le christianisme comme la religion du printemps.
La graine meurt, disparaît sous terre et resurgit, vivante de sa mort et de son sacrifice. C'est au printemps qu'a lieu ce miracle de la vie.
C'est que la graine est forte d'une puissance latente révélée par la situation printanière: c'est au moment où la chaleur et le soleil permettent le déclenchement de la poussée que, d'un coup, la plante pousse.
On notera que, de la même façon, Noël marque le retour de la lumière, de l'allongement du jour après ... trois jour pendant lesquels cette lumière demeure au minimum.
En sorte que le christianisme symbolise, explique, met en scène et adore la renaissance, le retour du vivant après le sommeil de la mort et de l'hiver.
En ce sens, il est invincible - comme le sont les végétaux - puisque sa mort signe son retour et la fertilisation sans fin de son terreau.
La graine meurt, disparaît sous terre et resurgit, vivante de sa mort et de son sacrifice. C'est au printemps qu'a lieu ce miracle de la vie.
C'est que la graine est forte d'une puissance latente révélée par la situation printanière: c'est au moment où la chaleur et le soleil permettent le déclenchement de la poussée que, d'un coup, la plante pousse.
On notera que, de la même façon, Noël marque le retour de la lumière, de l'allongement du jour après ... trois jour pendant lesquels cette lumière demeure au minimum.
En sorte que le christianisme symbolise, explique, met en scène et adore la renaissance, le retour du vivant après le sommeil de la mort et de l'hiver.
En ce sens, il est invincible - comme le sont les végétaux - puisque sa mort signe son retour et la fertilisation sans fin de son terreau.
mardi 28 mars 2017
Escapade
Le jour où le condamné brise ses chaînes,
Le jour où il se retourne contre son oppresseur,
Il tue le gardien pour se libérer
Et c'est encore un pauvre hère entravé par la nécessité
Qui se retrouve dans le sang
Le sang versé pour la liberté d'un autre
Le jour où il se retourne contre son oppresseur,
Il tue le gardien pour se libérer
Et c'est encore un pauvre hère entravé par la nécessité
Qui se retrouve dans le sang
Le sang versé pour la liberté d'un autre
dimanche 12 mars 2017
Métro
J'attends un métro que je ne prendrai jamais,
Pourquoi faut-il que les grincements métalliques me paraissent si glaciaux,Pourquoi faut-il que le cœur me manque dans la foule pressée,
J'hésite, je hume encore un instant, happé par le souffle,
Je retiens encore un moment ma respiration, un moment de passé
D'entrelacs, de promesses avortées, d'avenirs oubliés,
De présents fatigués, ces visages, ces sourires, je ne les vivrai
Que comme reflets d'une ambition mort-née.
Je les regarde encor' ces étrangers à jamais
Je les regarde encor' ces perdus, ces aimants
Je les regarde encor' ces enfants du temps,
Ces bulles légères, ces errances, ces prisons sans gardien
Ces horloges sans église. Je les regarde un moment
Avant d'hésiter à plonger dans le vide, une dernière fois.
samedi 11 mars 2017
Conte
C'est l'histoire d'un feu, d'une chaleur approximative, d'un hiver long à finir, d'une histoire, d'un conteur.
C'est
l'histoire dis-je de cette histoire à construire. Sans doute y a-t-il
des cheveux fous au départ, quelque flétrissure dans une robe à
l'occasion trop légère, qui sait. En tout cas, finalement, le conteur
dût-il se tromper, il y a vu la quête,
celle que dans nos pays comme ailleurs à ce qu'on dit, mène les plus
grandes destinées. Elle cherchait quelque chose comme l'amour, comme un
sens ultime aux plis de ses jupes, quelque chose comme un souffle à son
souffle.
Armée de
sa patience elle s'en fut de par le monde pour trouver le spectre d'une
existence à deux. C'est que les fantômes hantent les idéaux. On les
voit s'accrocher aux plus lumineux des rêves. Qu'importe, la bâton
pèlerin chemine, il bat la campagne, franchit les montagnes, escalades
les pentes escarpées du désir, il sublime les tendresses, les prairies
les plus vertes. La quête demeure le foyer brûle. Cahin-caha, le chemin
comme désillusion.
Puis un jour, les cheveux fous rencontrent
quelque chose comme un idéal. Mais ils ne s'en croient plus. À force de
tergiversation, ils ont perdu la foi en eux, ils craignent pour finir la
fin de la quête, sa réalisation. Alors ils tentent, de manière
grossière puis, à mesure que la draille se fait chemin, que le chemin se
fait route, que la route se fait vie, ils creusent jusqu'à emporter les
cadavres des ambitions incarnées. À force, à force, la route se ravine,
le chemin s'emporte ce qui permet au bâton de reprendre son périple.
Est-ce
la peur de trouver une fin à l'errance, est-ce une obscure
culpabilité ? Toujours est-il que la quête reprend son droit, le
mouvement se fait permanent, l'instabilité devient le mode d'être.
J'ai
vu le déraillement empli de pourquoi – de mon point de vue, s'entend.
Le repos, ce sera pour ailleurs. Puis alors, après, surtout après,
pouvoir cultiver l'icône comme portrait infiniment regretté. Les
regrettés, ils se tiennent tranquilles, au pire, un appel – ou quelque
communication au goût sans cesse renouvelé des nouvelles technologies de
l'information, peu importe. Je les ai vus les cheveux fous, reprendre
leur quête. C'est que ce qu'ils cherchent, c'est de chercher.
L'avantage, c'est qu'ils ne s'engagent pas, ils ne se perdent pas, ils
ne peuvent pas se tromper.
Et si d'aventure quelque
silhouette plus princière que d'autre venait à croiser leur chemin, ils
les fatigueraient par des morsures, par des flirts roturiers.
Pour
finir, à effleurer les étoiles, à les négliger, la jeune fille – car il
s'agit d'une jeune fille, tu l'auras compris – en arrive à se fatiguer
elle-même, terrassée par ses idoles tutélaires. Les princes charmants,
les étoiles, c'est mieux à l'état de spectres mais l'ombre qui n'a pu
garder les pépites pleure son insatiable volatilité. On la voudrait
plaindre, elle supporte pas les larmes empathiques. On la voudrait
rassérénée, elle ne supporte ni le port ni l'amarre.
Alors,
après quelque pansage de plaie, elle reprend son bâton, un peu plus
timide, un peu plus égratignée qu'auparavant. Ce n'est pas que l'herbe
soit plus verte ailleurs, c'est qu'il y a tellement de prairie où paître
que ce n'est pas la peine de s'asseoir plus que.
Rassure-toi
petite dit le conteur à la jeune fille interdite, je crois en avoir
compris quelques bribes, de sa solitude aussi. Elle reprend la route
parce qu'elle a peur de ce petit reflet dans les yeux de l'autre, ce
petit reflet qui, tout torve, tout approximatif qu'il soit construit peu
à peu les contours du conte. Elle reprend la route pour se perdre, pour
ne pas perdre sa quête, se maudissant des princes ensablés, se
maudissant des divinités passées à d'autres constellation, se maudissant
d'avoir réussi à être éloignée, durablement.
Et la
jeune fille de demander au conteur ce qu'il fallait faire pour conjurer
la malédiction. Le conteur dans un sourire un peu énigmatique, lui avoua
qu'il n'était guère plus savant qu'une petite fille pour ce genre de
question. En tout cas, si le bâton devait demeurer le chiffre de la
destinée des cheveux fous, qu'ils en prennent leur parti et si l'errance
devait devenir erratique que les cheveux fous s'ancrent en quelque
havre portant la mort des devenirs sacrifiés aux mânes.
Mais il
est vrai que la petite fille était fort éveillée et que la voix grave du
conteur la laissait éveillée dans la nuit. Une voix dans la nuit, cela
ne ressemble pas à la liberté, cela ressemble à la fin de la solitude.
C'est
déjà pas mal, conclut le conteur. C'est déjà pas mal repris la fille,
armée de son savoir, de ses concepts auto-forgés, de ses théories
psychiques alambiquées et, faut-il le préciser, de son bâton de pèlerin.
vendredi 10 mars 2017
Puis (2)
La république de l'être en flots de partout,
par les rides, par les habitudes, les corps fanés, les rêves ou les ambitions infantilesil s'en parle des vies - elles convergent sans égard
pour les cadres, Babels de l'irrévérence.
Je suis parmi vous, parmi les traces des fous,
trop humble pour ne pas participer au sacrilège
de la foule bruyante,
trop orgueilleux pour cacher l'écho du temps contre le temps,
de la rage contre la rage,
du frère contre le frère,
de la barbarie et des seigneurs de l'esquif
je le montre donc sans vergogne,
si proche des grands habitants, si proche de leurs hombres
sans risque, sans crainte de laisser comme
un souvenir après
Puis, nous jouerons avec la langue de la langue,
avec le volume
la création se fait entre perdus, entre errants, entre irréductibles,
loin de chez eux, à jamais.
mercredi 8 mars 2017
Le foyer approximatif (2)
J'habite l'ailleurs, j'habite l'hier
parce qu'il faut bien habiter quelque part,
j'habite l'ère de transit,
l'ère de rien, sans souvenir
j'habite la comète de l'avenir,
les rêves chthoniens,
j'habite les renoncements, les vœux,
où je peux, avec ou sans,
j'habite entre les communautés terribles,
les appels à la pureté, à la sacralité,
j'habite loin des bons, des menacés,
dans une balkanique potée,
j'habite sans conviction faute de mieux,
dépassé par mes forces, déplacé par mes faiblesses
j'habite par habitude, avec conviction
ou résignation, c'est selon.
j'habite sans y croire comme l'orbe
tombe sans fin, sans but,
j'habite mais je ne sais plus où
ni pourquoi,
l'ère de rien, sans souvenir
j'habite la comète de l'avenir,
les rêves chthoniens,
j'habite les renoncements, les vœux,
où je peux, avec ou sans,
j'habite entre les communautés terribles,
les appels à la pureté, à la sacralité,
j'habite loin des bons, des menacés,
dans une balkanique potée,
j'habite sans conviction faute de mieux,
dépassé par mes forces, déplacé par mes faiblesses
j'habite par habitude, avec conviction
ou résignation, c'est selon.
j'habite sans y croire comme l'orbe
tombe sans fin, sans but,
j'habite mais je ne sais plus où
ni pourquoi,
mercredi 1 mars 2017
Brest
Si j'étais né à Brest, je me serais fait marin
parce que la mer se cache entre des landes de terre
parce que la mer se devine sans se donner;
Si j'étais né à Ostende, je me serais fait terrien
parce que la terre se cache entre brumes et polder
parce que la terre se conquiert contre la mer;
Si j'étais né sur Terre, je me serais fait sélénien
parce que la lune éclaire ce qui dort et repose,
parce que la nuit devient pour pousser;
Si j'étais né le jour, je me serais fait rêvien
parce que le rêve nourrit l'amer
parce que le sommeil force l'impossible;
Mais je suis né à l'âge de faire pour rêver de cathédrales
mais je suis né en plein jour pour rêver de rêves
mais je suis né en front de mer pour labourer la terre
mais je suis né en rade pour compter les bateaux,
les bateaux des autres qui partent en mer et me laissent
orphelin de la houle
parce que la mer se cache entre des landes de terre
parce que la mer se devine sans se donner;
Si j'étais né à Ostende, je me serais fait terrien
parce que la terre se cache entre brumes et polder
parce que la terre se conquiert contre la mer;
Si j'étais né sur Terre, je me serais fait sélénien
parce que la lune éclaire ce qui dort et repose,
parce que la nuit devient pour pousser;
Si j'étais né le jour, je me serais fait rêvien
parce que le rêve nourrit l'amer
parce que le sommeil force l'impossible;
Mais je suis né à l'âge de faire pour rêver de cathédrales
mais je suis né en plein jour pour rêver de rêves
mais je suis né en front de mer pour labourer la terre
mais je suis né en rade pour compter les bateaux,
les bateaux des autres qui partent en mer et me laissent
orphelin de la houle
samedi 25 février 2017
Quelqu'un a dû se tromper d'adresse
On a dû se tromper dans le bordereau,
Un petit décalage au départ, une inattention
Puis un monde de solitude, sans prise de terre,
Des pas sans écho, un cœur sans chamade,
Il y a bien les arpents, les revenez-y, les goûts de trop peu
Les flambées du soir aussi, les câlins pour oublier
Le désespoir de n'avoir ni l'élégance, ni l'allant, ni la morgue
Les ombres se multiplient à côté de la côte froide
On l'aura oubliée, on aura oublié la note après le silence
La fatigue du midi, le rouge du crépuscule,
On aura oublié ces petites choses dans la précipitation
Et nous voilà au bord du précipice, secs de l'arme
Cette nudité prophétise l'énergie, la main tendue
Mais en attendant, poste restante, le temps languit
Un petit décalage au départ, une inattention
Puis un monde de solitude, sans prise de terre,
Des pas sans écho, un cœur sans chamade,
Il y a bien les arpents, les revenez-y, les goûts de trop peu
Les flambées du soir aussi, les câlins pour oublier
Le désespoir de n'avoir ni l'élégance, ni l'allant, ni la morgue
Les ombres se multiplient à côté de la côte froide
On l'aura oubliée, on aura oublié la note après le silence
La fatigue du midi, le rouge du crépuscule,
On aura oublié ces petites choses dans la précipitation
Et nous voilà au bord du précipice, secs de l'arme
Cette nudité prophétise l'énergie, la main tendue
Mais en attendant, poste restante, le temps languit
jeudi 16 février 2017
Le Prince
En sortant du "Prince" de Machiavel, je me rends compte que le
nouveau président des États-Unis ne l'a jamais lu. Que l'on en juge:
- le prince ne doit jamais prendre de positions impopulaires lui-même mais les déléguer à des hommes de paille (sinon, le prince est haï). Mais le président gouverne par décrets personnels.
- le prince ne doit jamais se justifier. Mais le président ne cesse de s'expliquer (parfois de manière assez pataphysique) sur twitter.
- le prince ne doit jamais prendre de positions impopulaires lui-même mais les déléguer à des hommes de paille (sinon, le prince est haï). Mais le président gouverne par décrets personnels.
- le prince ne doit jamais se justifier. Mais le président ne cesse de s'expliquer (parfois de manière assez pataphysique) sur twitter.
En conséquence, si l'on en croit Machiavel, le président sape sa
popularité et son autorité, ce qui laisse présager d'une présidence
laborieuse.
D'où la question: quel est cet homme qui n'est pas capable d'être prince et qui a tout fait pour l'être? C'est un chef d'entreprise, un investisseur, un actionnaire. Un propriétaire ne doit pas être aimé ni se justifier puisqu'il détient des titres indiscutables sur des choses.
Mais ce n'est pas le cas du prince.
D'où la question: quel est cet homme qui n'est pas capable d'être prince et qui a tout fait pour l'être? C'est un chef d'entreprise, un investisseur, un actionnaire. Un propriétaire ne doit pas être aimé ni se justifier puisqu'il détient des titres indiscutables sur des choses.
Mais ce n'est pas le cas du prince.
mardi 14 février 2017
Il ne faut préjuger de rien
A priori, rien de plus superficiel, de plus anodin que le secteur de la beauté de la femme (et de l'homme, d'ailleurs). Manucures, modistes, tailleurs, cordonniers semblent plus prompts à alléger la bourses des élégant(e)s qu'à leur refaire une façade.
Froufrous frivoles, guipures, paillettes et rubans.
Sauf que, là, quelque part aux confins d'un pays aride en guerre, une coiffeuse arrange ces dames. Ces dames sont des rescapées de la guerre. Certaines ont vécu le pire.
La coiffeuse coiffe leur dignité, leur tend un miroir souriant et, derrière son apparente frivolité participe du miracle de la reconstruction de soi.
Au fond, il n'est pas impossible que, dans les ruines des pays au sortir de la guerre, des coiffeuses ne soient pas plus efficaces ou plus importantes que des maçons.
Froufrous frivoles, guipures, paillettes et rubans.
Sauf que, là, quelque part aux confins d'un pays aride en guerre, une coiffeuse arrange ces dames. Ces dames sont des rescapées de la guerre. Certaines ont vécu le pire.
La coiffeuse coiffe leur dignité, leur tend un miroir souriant et, derrière son apparente frivolité participe du miracle de la reconstruction de soi.
Au fond, il n'est pas impossible que, dans les ruines des pays au sortir de la guerre, des coiffeuses ne soient pas plus efficaces ou plus importantes que des maçons.
lundi 13 février 2017
Souffler
Un moment, reprendre le souffle puis repartir
Ou pas, selon la force, selon le vent aussi peut-être
Un instant couard haletant sans se dépêcher
Puis précipiter, hâter sans surseoir mais en attendant
S'asseoir pour écouter le vent, d'un nuage à jamais,
Caresser le temps, passer le soleil comme si
L'avenir s'était fatigué de presser. Je viens
C'est dit, dût le courage me manquer mais
Laissez-moi un instant encore à langourer
À atermoyer, un instant avant l'action, avant la course
Avant de t'oublier, avant d'enterrer ce temps
Retenir sa légèreté pour reprendre le souffle
D'une histoire, d'une mémoire. Laisser-moi
Le temps d'aimer encore, avant l'oubli, avant le départ.
Ou pas, selon la force, selon le vent aussi peut-être
Un instant couard haletant sans se dépêcher
Puis précipiter, hâter sans surseoir mais en attendant
S'asseoir pour écouter le vent, d'un nuage à jamais,
Caresser le temps, passer le soleil comme si
L'avenir s'était fatigué de presser. Je viens
C'est dit, dût le courage me manquer mais
Laissez-moi un instant encore à langourer
À atermoyer, un instant avant l'action, avant la course
Avant de t'oublier, avant d'enterrer ce temps
Retenir sa légèreté pour reprendre le souffle
D'une histoire, d'une mémoire. Laisser-moi
Le temps d'aimer encore, avant l'oubli, avant le départ.
jeudi 9 février 2017
Les mots du langage
On peut imaginer que le langage est un jeu, une institution, un code.
Ce genre de chose ne tient pas de la vérité mais du plaisir - certes une
forme de vérité - du moment et/ou de l'être ensemble. Un pongiste ne
fait pas de la vérité, il tente de faire une bonne prestation au sein des règles admises.
Mais, jeu pour jeu, le langage permet la créativité, le rêve (comme le ping-pong permet l'exploit et l'innovation stylistique, d'ailleurs). On peut aussi mentir vrai comme les auteurs ou pulvériser le concept même de vérité comme le bateleur ou encore l'aduler et le fétichiser. Mais, en tout état de cause, la pratique du langage demeure étrangère à ce concept
Mais, jeu pour jeu, le langage permet la créativité, le rêve (comme le ping-pong permet l'exploit et l'innovation stylistique, d'ailleurs). On peut aussi mentir vrai comme les auteurs ou pulvériser le concept même de vérité comme le bateleur ou encore l'aduler et le fétichiser. Mais, en tout état de cause, la pratique du langage demeure étrangère à ce concept
samedi 4 février 2017
Vote de classe
Au fond, si on est juste, qu'est-ce qui oppose Hamon et Mélenchon?
Hamon veut rester en Europe, il veut conserver l'euro. À tort ou à raison l'union européenne et la monnaie unique sont perçues comme des institutions à l'origine du martyr des pauvres et des travailleurs depuis des années.
C'est dire que les électeurs de Hamon considèrent le martyr des classes populaires comme un dégât collatéral acceptable, qu'ils pensent qu'on peut faire bien mieux dans le cadre des traités européens. Ce sont des classes sociales qui ont bénéficié de l'Europe, des investissements dans les lignes à grandes vitesses, qui vivent près de centres urbains dynamiques, etc.
Pour les électeurs des régions délaissées, des friches industrielles, pour les salariés entre précarité et mauvais traitements patronaux, pour les salariés, les retraités qui se voient sombrer peu à peu dans la pauvreté, l'Europe est un produit invendable.
La ligne de facture entre Hamon et Mélenchon est là, je crois. Indépendamment de leur bonne foi et au-delà de leur programme. Cette ligne est irréconciliable car, pour proches que soient les programmes, les sensibilités sociales derrière les électeurs sont très différentes - comme l'étaient celles des électeurs de Sanders et de Clinton.
Par contre, quel que soit le résultat des élections, il y a une urgence qui apparaît. Il faut écouter et tenir compte de la souffrance d'une partie croissante de la population, non par peur du pire mais par nécessité anthropologique et sociale.
C'est la condition pour faire société sauf à sombrer dans les narrations collectives millénaristes.
Hamon veut rester en Europe, il veut conserver l'euro. À tort ou à raison l'union européenne et la monnaie unique sont perçues comme des institutions à l'origine du martyr des pauvres et des travailleurs depuis des années.
C'est dire que les électeurs de Hamon considèrent le martyr des classes populaires comme un dégât collatéral acceptable, qu'ils pensent qu'on peut faire bien mieux dans le cadre des traités européens. Ce sont des classes sociales qui ont bénéficié de l'Europe, des investissements dans les lignes à grandes vitesses, qui vivent près de centres urbains dynamiques, etc.
Pour les électeurs des régions délaissées, des friches industrielles, pour les salariés entre précarité et mauvais traitements patronaux, pour les salariés, les retraités qui se voient sombrer peu à peu dans la pauvreté, l'Europe est un produit invendable.
La ligne de facture entre Hamon et Mélenchon est là, je crois. Indépendamment de leur bonne foi et au-delà de leur programme. Cette ligne est irréconciliable car, pour proches que soient les programmes, les sensibilités sociales derrière les électeurs sont très différentes - comme l'étaient celles des électeurs de Sanders et de Clinton.
Par contre, quel que soit le résultat des élections, il y a une urgence qui apparaît. Il faut écouter et tenir compte de la souffrance d'une partie croissante de la population, non par peur du pire mais par nécessité anthropologique et sociale.
C'est la condition pour faire société sauf à sombrer dans les narrations collectives millénaristes.
mardi 24 janvier 2017
L'ennemi de mes ennemis
Dernièrement, on a pu assister à un certain emballement en France pour le nouveau président des États-Unis. À son crédit, on peut en tout cas se réjouir de la dénonciation des traités de libre-échange internationaux. D'un point de vue européen, c'est indéniablement une très bonne nouvelle, cela nous permet de renoncer aux tribunaux d'arbitrage internationaux, à la judiciarisation de la vie économique.
Le nouveau président a gagné ses lauriers auprès de Todd, ou d'Ariane Walter parce qu'il s'oppose à l'intelligentsia libérale belliqueuse qui l'avait précédé. Incontestablement, ladite intelligentsia a semé la mort et la destruction à travers le monde - par ses drones - et à travers les États-Unis - par la criminalisation des minorités visibles, par la "guerre contre la drogue", par le destruction de la protection sociale, etc.
Pour autant, le nouveau président a désigné à la défense un va-t-en guerre notoire. Il souhaite entraver le droit à l'avortement, baisser les impôts des plus riches et liquider les rares acquis de protection santé dans le pays.
Alors, j'entends bien que les ennemis du nouveau président ne sont pas sympathiques, que ce sont de vrais ennemis du peuple. Mais ça n'en fait pas un ami du peuple.
Le syllogisme est simple: l'ennemi de mes ennemis est forcément mon ami. Mais la vie n'est pas si simple. Si vous vous opposez au libre-échangisme d'un Clinton ou d'un Obama, si vous vous opposez à leur interventionnisme militaire, cela ne rend pas celui qui s'oppose à eux nécessairement plus sympathique.
De la même façon, si vous travaillez dans une boîte gérée par un patron sans scrupule, cela ne rend pas le racheteur potentiel sympathique.
Tout porte à croire que le nouveau président portera la déliquescence de la société américaine à son paroxysme. Mais la chute d'un géant, sa conversion en puissance exclusivement militaire n'est une bonne nouvelle pour personne. Je peux entendre que les discours de haine de Trump n'aient pas été déterminant quant à sa victoire mais ils menacent bel et bien la cohérence de la société américaine.
Je rappelle donc aux "amis de l'ennemi des ennemis" que la nouvelle administration entend
- investir massivement dans le militaire
- investir massivement dans les infrastructures
- laisser les taux d'intérêt remonter (ce qui compromet les deux premières mesures)
- abandonner les traités de libre échange internationaux
- abandonner la maigre assurance médicale qui existe pour les plus pauvres
- baisser le taux d'imposition pour les plus riches.
Cela n'en fait peut-être pas un ennemi absolu mais ces mesures vont augmenter la criminalisation de la pauvreté (éminemment racialisée, en France comme aux États-Unis), elles vont amener les USA à un défaut dans un délai prévisible.
Mais il y a pire. Les États-Unis dénoncent des traités dont ils sont les premiers bénéficiaires. C'est une bonne chose. Mais que va-t-il se passer à la place? Une guerre des monnaies (déjà en cours) et une surenchère protectionniste. C'est dire que la concurrence économique qui porte actuellement sur les salaries des producteurs portera désormais sur une compétition entre États eux-mêmes. Cette dynamique protectionniste amène de potentiels conflits - si rien n'est fait pour construire une coopération économique, une harmonisation par le haut des conditions d'emploi et d'imposition entre partenaires commerciaux.
Or rien dans les outrances de Trump, rien dans ses mesures économiques protectionnistes ne laissent présager un tel virage coopératif. C'est pourquoi j'ai du mal à considérer que la victoire de "l'ennemi de mes ennemis" soit une bonne chose.
Le nouveau président a gagné ses lauriers auprès de Todd, ou d'Ariane Walter parce qu'il s'oppose à l'intelligentsia libérale belliqueuse qui l'avait précédé. Incontestablement, ladite intelligentsia a semé la mort et la destruction à travers le monde - par ses drones - et à travers les États-Unis - par la criminalisation des minorités visibles, par la "guerre contre la drogue", par le destruction de la protection sociale, etc.
Pour autant, le nouveau président a désigné à la défense un va-t-en guerre notoire. Il souhaite entraver le droit à l'avortement, baisser les impôts des plus riches et liquider les rares acquis de protection santé dans le pays.
Alors, j'entends bien que les ennemis du nouveau président ne sont pas sympathiques, que ce sont de vrais ennemis du peuple. Mais ça n'en fait pas un ami du peuple.
Le syllogisme est simple: l'ennemi de mes ennemis est forcément mon ami. Mais la vie n'est pas si simple. Si vous vous opposez au libre-échangisme d'un Clinton ou d'un Obama, si vous vous opposez à leur interventionnisme militaire, cela ne rend pas celui qui s'oppose à eux nécessairement plus sympathique.
De la même façon, si vous travaillez dans une boîte gérée par un patron sans scrupule, cela ne rend pas le racheteur potentiel sympathique.
Tout porte à croire que le nouveau président portera la déliquescence de la société américaine à son paroxysme. Mais la chute d'un géant, sa conversion en puissance exclusivement militaire n'est une bonne nouvelle pour personne. Je peux entendre que les discours de haine de Trump n'aient pas été déterminant quant à sa victoire mais ils menacent bel et bien la cohérence de la société américaine.
Je rappelle donc aux "amis de l'ennemi des ennemis" que la nouvelle administration entend
- investir massivement dans le militaire
- investir massivement dans les infrastructures
- laisser les taux d'intérêt remonter (ce qui compromet les deux premières mesures)
- abandonner les traités de libre échange internationaux
- abandonner la maigre assurance médicale qui existe pour les plus pauvres
- baisser le taux d'imposition pour les plus riches.
Cela n'en fait peut-être pas un ennemi absolu mais ces mesures vont augmenter la criminalisation de la pauvreté (éminemment racialisée, en France comme aux États-Unis), elles vont amener les USA à un défaut dans un délai prévisible.
Mais il y a pire. Les États-Unis dénoncent des traités dont ils sont les premiers bénéficiaires. C'est une bonne chose. Mais que va-t-il se passer à la place? Une guerre des monnaies (déjà en cours) et une surenchère protectionniste. C'est dire que la concurrence économique qui porte actuellement sur les salaries des producteurs portera désormais sur une compétition entre États eux-mêmes. Cette dynamique protectionniste amène de potentiels conflits - si rien n'est fait pour construire une coopération économique, une harmonisation par le haut des conditions d'emploi et d'imposition entre partenaires commerciaux.
Or rien dans les outrances de Trump, rien dans ses mesures économiques protectionnistes ne laissent présager un tel virage coopératif. C'est pourquoi j'ai du mal à considérer que la victoire de "l'ennemi de mes ennemis" soit une bonne chose.
lundi 23 janvier 2017
Papillon de janvier
Lumière jaune, lumière bleue
Entre souffles, l'assoupi ne penche
Ni dans l'abysse, ni dans l'encore-froid de l'air
Alors, il prend son temps. Plié
La chrysalide est loin, loin les blés murs
L'humidité de l'herbe qui s'éveille
Loin l'avril, loin l'ombrage
Tout est ombre, tout dort
Sans haine, sans joie,
Entre deux précipices
Entre deux mondes qui se regardent
Comme un souvenir de chenille
Au moment de s'envoler
Entre souffles, l'assoupi ne penche
Ni dans l'abysse, ni dans l'encore-froid de l'air
Alors, il prend son temps. Plié
La chrysalide est loin, loin les blés murs
L'humidité de l'herbe qui s'éveille
Loin l'avril, loin l'ombrage
Tout est ombre, tout dort
Sans haine, sans joie,
Entre deux précipices
Entre deux mondes qui se regardent
Comme un souvenir de chenille
Au moment de s'envoler
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